Six heures du matin. L’enveloppe dort encore dans son sac et le pilote regarde le ciel plus que ses passagers. Après un dernier coup d’œil aux prévisions, et parfois un petit ballon d’hélium lâché pour lire le vent en altitude, il annonce que l’on ne volera pas. Déception dans le groupe ; c’est pourtant ce qu’on peut attendre de mieux d’un pilote prudent : en montgolfière, une bonne part de la sécurité se joue au sol.
La plupart des vols se terminent par un atterrissage sans histoire. Quand ce n’est pas le cas, certains passagers découvrent alors qu’ils ignorent qui exploitait le vol et ce que couvrent leurs propres assurances.
Avant le décollage, ce que le pilote attend de vous
Une montgolfière vole tôt le matin ou en fin de journée, quand l’air est calme et les ascendances thermiques faibles. Le pilote peut annuler jusqu’à la dernière minute si le vent forcit ou si un orage se forme au loin : c’est sa responsabilité de commandant de bord, pas un caprice. Un exploitant qui ne reporte jamais un vol devrait plutôt vous inquiéter.
Le briefing n’a rien d’une formalité. Le pilote y montre la position d’atterrissage, en général genoux fléchis et mains fermement accrochées aux poignées de la nacelle, et précise ce qu’il ne faut jamais faire, comme descendre de la nacelle avant son signal : délesté du poids d’un passager, le ballon peut repartir vers le haut. Écoutez-le jusqu’au bout, même si vous avez déjà volé.
Côté tenue, prévoyez des chaussures fermées qui tiennent la cheville, car on se pose souvent dans un champ, et un bonnet ou une casquette contre la chaleur du brûleur. Les exploitants fixent souvent un âge ou une taille minimale pour les enfants, qui doivent pouvoir tenir la position d’atterrissage. Un problème de dos, une grossesse ou une blessure récente se signalent à la réservation, pas le matin du vol.
L’assurance, une question à poser avant de réserver
Un exploitant qui fait voler des passagers doit être assuré pour sa responsabilité à leur égard. La bonne question n’est donc pas « êtes-vous assuré ? » mais « qui exploite le vol ? ». Acheté dans un coffret cadeau ou sur une plateforme, le baptême n’est pas forcément vendu par celui qui fait voler le ballon. Notez le nom de l’exploitant réel et celui du pilote : c’est en principe vers eux, et vers leur assureur, qu’une réclamation sera dirigée.
Relisez aussi vos propres contrats : une garantie individuelle accident ou une garantie des accidents de la vie peut couvrir une partie de vos préjudices sans attendre que la responsabilité de l’exploitant soit établie. Encore faut-il que les activités aériennes ne figurent pas dans les exclusions.
Un atterrissage qui tourne mal : les premières heures
L’atterrissage est le moment le plus délicat d’un vol en ballon. Par un vent plus fort que prévu, la nacelle touche le sol avec de la vitesse, peut se coucher et être traînée sur quelques mètres. Un passager peut heurter la paroi ou son voisin, et une blessure au dos ou à la cheville ne se fait pas toujours sentir sur le moment.
Si vous êtes blessé, même légèrement, faites-vous examiner le jour même et demandez un certificat médical qui décrit précisément les lésions : c’est le point de départ de toute discussion sur l’indemnisation. Sur place, si votre état le permet, photographiez la nacelle et le terrain, notez le nom du pilote, celui de l’exploitant, l’immatriculation du ballon et les coordonnées des autres passagers. Prévenez ensuite votre assureur dans le délai prévu par votre contrat.
Méfiez-vous enfin des papiers tendus à signer à chaud. Une déclaration rédigée dans l’émotion, qui minimise les faits ou renonce à toute réclamation, peut peser lourd plus tard ; rien ne vous oblige à la signer sur place.
Qui enquête, et dans quel but ?
Un ballon est un aéronef. Après un accident ou un incident grave, le BEA, le Bureau d’enquêtes et d’analyses pour la sécurité de l’aviation civile, peut ouvrir une enquête technique pour comprendre ce qui s’est passé et éviter que cela se reproduise, sans déterminer les responsabilités. Une enquête judiciaire peut être menée en parallèle, sous l’autorité du procureur de la République, notamment en cas de blessures graves. La victime n’a pas à attendre le rapport technique pour faire valoir ses droits.
Ce qui sera examiné pour établir les responsabilités
La responsabilité de l’exploitant et du pilote se discute ensuite sur deux terrains. Au civil, il s’agit d’obtenir l’indemnisation des préjudices : frais médicaux, arrêt de travail, souffrances, séquelles éventuelles. Au pénal, lorsque des infractions sont reprochées, par exemple des blessures involontaires dues à une imprudence ou au non-respect d’une règle de sécurité, l’affaire peut être portée devant le tribunal correctionnel, où la victime peut se constituer partie civile.
Dans les deux cas, tout se lit au regard des circonstances du vol : prévisions au décollage, consignes données, état du matériel, choix du terrain d’atterrissage. Un avis sur un cas concret suppose donc d’examiner le dossier. À Paris, le cabinet Le Tutour Avocats intervient sur les accidents liés à la pratique aéronautique, montgolfières comprises, aux côtés de passagers, de pilotes et de familles de victimes.
Avant même de monter dans la nacelle, notez à la réservation le nom de l’exploitant et celui du pilote, et gardez-les avec votre bon. Le plus souvent, ils ne vous serviront à rien. Le jour où il faut trouver le bon interlocuteur, ils évitent des semaines de recherches.
