Erg Chegaga ou Merzouga, deux façons de voir le désert marocain

Erg Chegaga ou Merzouga, deux façons de voir le désert marocain

Pour atteindre les dunes de Merzouga, il suffit de suivre le goudron : la route passe par Erfoud et Rissani, puis rejoint l’erg Chebbi et les auberges installées au pied du sable. Pour l’erg Chegaga, le bitume s’arrête à M’Hamid, dernier village de la vallée du Drâa, et il reste une soixantaine de kilomètres de piste. Cette différence d’accès, que l’on mesure mal sur une carte, décide presque de tout le reste : la fréquentation, le type de nuit sur place, le véhicule nécessaire et la place que le désert occupera dans votre voyage.

Merzouga, un désert au bout de la route

L’erg Chebbi forme un massif compact, d’une trentaine de kilomètres du nord au sud pour quelques kilomètres de large, près de la frontière algérienne. Ses plus hautes dunes dépassent la centaine de mètres et se voient de loin. Une voiture de tourisme suffit pour arriver au pied du sable. Auberges et hôtels s’alignent le long de sa bordure ouest, et l’on part de là à pied, à dos de dromadaire ou en 4×4 vers les camps installés en lisière des dunes.

Cette facilité a son revers. Merzouga figure parmi les sites désertiques les plus visités du pays, et cela se sent en fin de journée, lorsque les files de dromadaires convergent vers les mêmes crêtes et que les quads se font entendre au loin. Rien de rédhibitoire pour qui dispose de peu de temps : c’est la manière la plus simple de voir de grandes dunes sans quitter la route. Il faut seulement accepter de les partager.

Le site a d’autres atouts pour un séjour court. On peut y arriver tard, choisir son camp sur place, dormir à l’auberge si le vent se lève, et repartir le lendemain matin sans avoir touché à une piste. Pour une famille avec de jeunes enfants ou un voyageur qui ne conduit pas, cette souplesse compte. Les environs se visitent aussi sans difficulté : au sud de Merzouga, le village de Khamlia est connu pour ses musiciens gnaoua, et une halte y donne une autre idée de la région que la seule crête au coucher du soleil.

À Chegaga, la piste fait partie du voyage

L’erg Chegaga est plus étendu et plus isolé. Aucune route ne le longe : on le découvre au bout de la piste, d’abord comme une ligne claire à l’horizon, puis comme une succession de cordons de sable. Certaines de ses dunes sont annoncées autour de 300 mètres. Le trajet depuis M’Hamid alterne cailloux, sable mou et cuvettes de fech-fech, cette farine de sable où les roues s’enfoncent sans prévenir. Comptez environ deux heures, davantage quand le sable est mou, au volant d’un 4×4 et avec une solide habitude du hors-piste.

Le désert, ici, ne se résume pas aux dunes. La piste traverse le reg, ces étendues de cailloux qui composent une grande partie du Sahara, croise un troupeau de dromadaires ou un campement, s’efface par endroits. Les camps sont plus dispersés qu’à Merzouga, la fréquentation plus faible, et le silence plus facile à trouver le soir. En contrepartie, tout se prépare à l’avance : on n’arrive pas à Chegaga en improvisant à la nuit tombée.

Chegaga offre aussi un avantage rare, celui de ne pas revenir sur ses pas. Plutôt que de rentrer par M’Hamid, une piste file vers l’ouest à travers le parc national d’Iriqui et son lac le plus souvent à sec, jusqu’à Foum Zguid, où l’on retrouve le goudron.

Le choix dépend surtout du temps et du véhicule

Pour un séjour court, Merzouga reste la solution la plus simple : l’accès se fait entièrement sur goudron, sans contrainte d’horaire, au prix d’une longue route depuis Marrakech et d’un désert partagé. Chegaga convient mieux à un voyage construit autour de la piste, où le désert devient une étape de l’itinéraire plutôt qu’une excursion d’une nuit.

C’est ce qui rend l’erg Chegaga intéressant dans une boucle. Le circuit de Caravanes Aventures, par exemple, mène un petit convoi guidé de Marrakech à l’erg Chegaga en 4×4 par le Haut Atlas, la palmeraie de Skoura, le Jbel Saghro et Zagora, puis ressort par Iriqui et Foum Zguid avant de remonter par l’Anti-Atlas, sans repasser par la même piste. On y voit le paysage changer d’un jour à l’autre, des cols de l’Atlas aux plateaux de pierre, puis au sable.

Pour un conducteur qui n’a jamais roulé dans le sable, la question du véhicule tranche souvent : Merzouga se visite sans 4×4 personnel, Chegaga beaucoup plus difficilement. Il existe une option intermédiaire, laisser sa voiture à M’Hamid et faire les derniers kilomètres avec un chauffeur local, qui tient alors davantage de l’excursion que de l’itinéraire.

Quel que soit l’erg choisi, posez une question précise au moment de réserver : où se trouve exactement le camp ? Une « nuit dans le désert » peut désigner un camp à dix minutes de marche d’une auberge comme un bivouac à une heure de piste du premier village. Les deux se vendent sous le même nom ; ce ne sont pas du tout les mêmes nuits.